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Atelier de calligraphie chinoise à Lyon

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la calligraphie chinoise apporte calme et sérénité, équilibre intérieure et force. Elle développe la créativité artistique et l’expression de sa sensibilité par le tracé de caractères chinois et se rapproche ainsi d’une pratique picturale.

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cdesmur@aliceadsl.fr

cours de calligraphie chinoise

 

calligraphie chinoise

 

Evènement

journée d'initiation à la calligraphie chinoise avec Christophe desmur de Lyon, prix 70 euros,

Où ?

au Dojo Zen de Saint-Etienne 9 rue Montaigne 42000 St Etienne .

Quand ?

Le 12 Juin 2010 de 9h00 à 18h00

 

 

 

 

 

 

La calligraphie chinoise

Traduction

traductionZENG Jixin " La guerre entre les rats et les Hommes "

traductionEtude de la vie de Lu Yin et de son œuvre

L’auteur : ZENG Jixin

Né en 1963 dans le district de Gong’an au Hubei, il a mené successivement la vie de paysan, d’enseignant puis de cadre. Il est diplômé en 1990 de l’Institut normal du Hubei où il avait intégré la section d’histoire. Après ses études, il se spécialise dans l’écriture de livres et d’articles. Il s’installe dans la ville de Xiamen (Amoy) où il mène sa carrière d’écrivain. Il est également rédacteur en chef de la revue Art et littérature de Amoy. Ses œuvres font très souvent ressortir les mœurs et coutumes de la province du Fujian.
Parmi les œuvres qu’il a écrites, on peut citer le roman Flics et voyous (Xiongshou yu jingcha) paru en 2002 aux éditions cinématographiques chinoises ainsi que l’œuvre Le relais de poste lointain (Yongyuan de yizhan) paru en 2006 aux éditions d’Orient.

La guerre entre les rats et les Hommes (de Zeng Jixin)

1 - Les rats des jarres de riz.

Je fais assez confiance à ma mémoire, surtout lorsqu'il s'agit de mes souvenirs passés et peu importe le nombre d'années écoulées. Il suffit pour cela que par hasard j'en parle pour me replonger très rapidement dans les conditions de l'époque. Par contre, pour ce qui était de ma vie avant mes trois ans, je n'en avais pas le moindre souvenir. Alors que je me tenais debout et scrutais dans toutes les directions la campagne recouverte à l'infini d'une neige immaculée, je fini après un long moment par entrevoir dans cet environnement immense et blanc une tache noire en forme de virgule, c'est alors que je fus soudain pris d'une grande excitation. Mais en regardant plus attentivement, voilà qu'il s'agissait d'un rat à la queue noire si attrayante...

Ce fut là le point de départ de mes souvenirs.

Bien que j'en soit tout à fait désolé, il m'est impossible d'éluder cette réalité bien difficile à changer. Les rats apparurent chez moi dans une jarre de riz. Un matin, de bonne heure, ma grand-mère tenant d'une main le récipient enleva de l'autre le couvercle et poussa malgré elle un "Ah !" de surprise. Elle se mit à vociférer une suite d'injures : "Des rats, encore des rats, saleté de rats !" puis elle se précipita vers le fourneau de la cuisine pour chercher des pincettes. J'entendais quelque chose qui frappait contre le bord de la jarre de riz qui était très haute et m'arrivait à la hauteur du cou. C'est en faisant tout mon possible pour me mettre sur la pointe des pieds et en étirant de mon mieux le cou que j'arrivai à apercevoir un rat noir. Il n’y avait déjà plus beaucoup de riz à l'intérieur de la jarre et le rat pris de panique essayait de toutes ses forces de grimper. Le rebord de la jarre était très glissant et après plusieurs tentatives infructueuses, il retombait encore et encore au fond. Il se dressait de tout son corps et grimpait encore, agitant sans cesse ses quatre petites pattes, grattant et griffant... Ma grand-mère était de retour, elle introduisit dans la jarre les pinces métalliques pour le bois de chauffage et les dirigea vers le rat. Le rat était encore plus paniqué. Tout en voulant grimper, il voulait aussi échapper aux tentatives de grand-mère de le pincer. Il esquivait et sautait en tout sens à l'intérieur de la jarre. Après avoir échoué à l'attraper deux fois, grand-mère s'énerva et n'arrêtant plus de jurer, elle agitait dans tous les sens les pinces métalliques dans l'espace restreint d'une jarre de riz. Après une série de chocs et de bruits métalliques, les pinces attrapèrent le rat par le dos qui se mit à couiner. Ses petites pattes se mirent soudain à griffer l'air, on pouvait voir traîner sa longue queue toute noire. J'étais fasciné, je n'avais encore jamais vu une queue si longue. Je tendis avec minutie la main pour lui pincer le bout de la queue. "Arrête !", l'ordre que me cria grand-mère me fit sursauter de frayeur, ma petite main se rétracta soudain comme si elle avait été en contact avec le feu. "Il ne faut pas toucher n'importe quoi." me dit grand-mère en ajoutant : "Ce rat est une vraie plaie, regarde, il nous à manger nos provisions. Il s'en est gavé à s'en faire éclater le
ventre."Je regardai avec attention son ventre et effectivement il était tout rond et vraiment gros. Grand-mère ajouta : "Nos provisions sont déjà limitées et depuis un bon moment on ne mange plus que du riz, des navets et du brouet aux légumes sauvages. Et voilà que ce rat vient nous voler nos maigres rations de céréales, c'est vraiment écoeurant, c'est détestable." Tout en parlant, grand-mère coinça sans ménagement le rat au sol puis leva le pied droit et l'écrasa violemment juste sur sa tête. Lorsque grand-mère, encore toute jeune fille, entra au sein de sa belle-famille, elle avait déjà les pieds bandés. Bien que n'ayant pas la qualité des "lotus d'or de trois pouces", ses deux petits pieds n'étaient pas tellement plus grands que les miens. Et pourtant, je n'aurais jamais pensé qu'elle soit aussi adroite au point de réussir d'un seul coup de pied. Le rat émit un cri aigu, triste et désespéré. Un filet de sang sorti soudain de son nez et de sa bouche. Tout son corps se recroquevilla et se mit à trembler.
Grand-mère tout en jurant : "Saleté, on va voir si tu vas continuer ou pas à nous nuire en te gavant sur notre dos comme un goinfre !", écrasa son ventre d'un coup de pied. La colère de grand-mère n'était toujours pas apaisée, elle prit à nouveau les tenailles métalliques et lui asséna une volée de coups sur tout le corps. Lorsque s'arrêtèrent les coups, le rat était étendu sur le sol, totalement immobile. Grand-mère se saisit alors du rat mort par le dos à l'aide des tenailles et le jeta dehors dans la fosse d'aisance. Une fois que tout fut terminé, grand-mère rentra et s'empressa de préparer le petit déjeuner.

Mais moi, accroupi au bord de la fosse d'aisance, je regardais le rat mort qui s'y trouvait pendant un long moment sans pouvoir partir. Je tendis ma petite main dans le but de caresser sa longue queue mais inquiet de me faire gronder par grand-mère, je pris une branche morte et me mis à bouger le corps et la longue queue du rat mort. Son corps est long et fin, ses petits yeux sont tout ronds, son museau tout pointu, sa lèvre inférieure retroussée laisse apparaître des dents blanches minces et acérées et une moustache blanche bien fournie s'épanouit à la commissure de ses lèvres. En apercevant ces longs poils blancs, je fus pris d'une irrésistible tentation et m'empressai de tendre la main pour les caresser. Ils étaient fins, durs et lisses au toucher, quelle merveille ! Puis je me mis à lui caresser le tendre duvet qui lui recouvrait le corps, en commençant par la tête jusqu'au derrière. Alors que je touchai sa longue queue, je jetai inconsciemment un coup d'oeil en arrière, pas l'ombre d'une mamie en vue. je pris alors du bout des doigts la ponte de la queue et la soulevai petit à petit. "Miaou", soudain apparut devant mes yeux un chat grêlé entièrement zébré de gris qui fixant le rat que je tenais se mit à miauler. Miaulant et miaulant encore, le chat grêlé fit soudain un bond en avant et sans que je ne me rende compte de quoi que ce soit, il avait déjà attrapé le rat mort dans sa gueule. Il fit un saut en avant et décampa au loin. Je me mis à courir à sa suite mais après seulement quelques pas, le chat grêlé avait déjà plongé dans un bosquet très dense situé à l'arrière de la maison sans laisser la moindre trace. Je le reconnu, il s'agissait d'un gros chat de la maison voisine de mon oncle. Je me précipitai alors dans la cuisine pour raconter à grand-mère l'affaire du chat grêlé qui s'était enfui en emportant le rat. Grand-mère après m'avoir écouté me dit sur un ton désapprobateur : "C'est naturel que les chats mangent les rats, qu'est ce qu'il y a là de si extraordinaire ?

Mais pourquoi était-il naturel que les chats doivent manger les rats ?

2- L'instinct animal.

Une longue période de plus de trente ans s'est écoulée sans même que je m'en soit rendu compte et cette question que je me posais enfant de savoir pourquoi les chats devaient manger les rats restait au fond de moi jusqu'à aujourd'hui sans que je puisse trouver une réponse réellement satisfaisante. Je ne peux résumer cela que par une sorte d'instinct animal, une loi naturelle et éternelle du cycle de la chaîne du vivant. il s'agit de sélection naturelle, du résultat de la loi du plus fort. En dehors du chat, le rat a d'autres ennemis naturels comme le hibou, la belette, le serpent... Mais bien sûr, c'est l'humain qui est son ennemi le plus redoutable et le plus terrible. Les rats, sont depuis tout temps ,pour notre humanité, un sujet incontournable. Ils parasitent ensemble eux et l'humanité la terre. Comme de nombreux faits l'attestent, son histoire est encore bien plus ancienne que celle de l'Homme. L'humanité depuis sa naissance est en perpétuels évolution et développement et pour ce qui est des rats, comment n'en serait-il pas de même ? Avec la survivance du plus apte et la loi du plus fort, dans le long fleuve de l'histoire vielle de milliers et de dizaines de millier d'années, il dut y avoir bien des "flottilles et armées anéanties dans les flammes" !Même les dinosaures qui furent les rois des animaux et dominèrent la terre ne purent y échapper. Alors que le rat, cet être insignifiant a traversé toutes les catastrophes et génération après génération sans discontinuer est arrivé jusqu'à aujourd'hui, on ne peut pas faire autrement que de dire qu'il s'agit d'un incroyable miracle.

En zoologie, le rat appartient à la classe des mammifères et à l'ordre des rongeurs. Ce qui le caractérise le plus, c'est une natalité très forte. Il se reproduit à une vitesse phénoménale. Il peut sur une année avoir de trois à huit portées et pour chaque portée, il peut donner naissance de quatre à huit petits rats, les portées maximum pouvant atteindre jusqu'à quatorze petits. En faisant un calcul à partir de ces données, une femelle rat peut donner naissance chaque année à au minimum douze petits rats et au maximum jusqu'à soixante quatre. Si dans une maison, il y a dix femelles et si l'on s'en tient seulement aux estimations moyennes de procréation, ce sont par an trois cent quatre vingt petits qui seront mis au monde. Et, si le taux de survie est de quatre vingt pour cent (c'est un chiffre que l'on retient habituellement), ce seront alors au cours d'une année trois cent quatre rats qui viendront s'ajouter à cette maison. Si ils ne partent pas au-dehors et qu'ils ne font que voler de la nourriture et tout ronger, on peut imaginer quels dommages ils vont causer à cette maison. Bien sûr, il ne s'agit là que de théorie et dans la réalité, la reproduction des rats est restreinte par de nombreuses conditions physiologiques, environnementales, climatiques ainsi que celles relevant de prédateurs, de maladies... Si tel n'était pas le cas, alors la tyrannie des rats règnerait aujourd'hui dans le monde rendant très difficile l'établissement de notre Humanité. Mais qu'aujourd'hui le genre Rattus se soit répandu sur toute la planète est une réalité irréfutable. Leur capacité d'adaptation est très élevée et leur vitalité particulièrement débordante. La chose qui me frappe le plus, c'est que suivant les différents milieux dans lesquels ils vivent, leurs tailles varient ainsi que leurs fonctions physiologiques. Pour ce qui est de la taille, les spécimens du genre Rattus qui vivent auprès des Hommes sont en règle générale plutôt petits. Cela s'explique par le fait qu'au fil du temps en se confrontant à l'Homme, ce redoutable prédateur naturel, leur taille a diminué et les denrées qu'ils consomment sont devenues aussi plus petites. C'est ce qui leur a permis de se cacher et d'éviter d'être attrapés par les Hommes. C'est ainsi par exemple que la souris grise fait le plus souvent huit centimètres de long. A l'inverse les spécimens du genre Rattus qui vivent éloignés des Hommes sont généralement plutôt grands. ils vivent dans le même environnement que les animaux sauvages, leur taille est plus grande, ce qui est plus avantageux. Les kangourous géants, par exemple, qui vivent dans l'immense prairie australienne ont un corps qui fait à peu près deux mètres et une queue de plus d'un mètre. Non seulement les spécimens du genre Rattus courent avec une grande agilité et creusent en profondeur des trous pour se cacher mais il existe également une sorte de rat volant que l'on appelle le « Rat Wu » ou bien le grand rat qui vole. Il est disséminé à travers plusieurs provinces comme le Gansu, le Qinghai, le Tibet, le Henan, le Yunnan... Entre les pattes avant et arrière du « Rat Wu » il y a une membrane sur laquelle se trouvent des poils assez grands. Il va de soi que ses ailes ne peuvent comme celles des oiseaux battre le ciel immense mais seulement lui permettre de glisser d'arbre en arbre. Quelque soit la manière de le dire, ce point est difficile à saisir. Prenons encore une sorte de ragondin originaire d'Amérique du Sud. Les doigts de ses pattes sont palmés, il est très bon nageur mais il peut vivre aussi bien dans l'eau que sur la terre ferme. D'après ce que l'on dit, des spécimens du genre Rattus vivent aussi dans le désert. Cette sorte de rat possède comme le chameau la faculté de ruminer. Après avoir mangé une bonne fois jusqu'à satiété, il peut tenir dix jours et même un demi mois sans le moindre problème.

Non seulement les rats sont de tailles très diverses mais leurs couleurs sont aussi très diverses. En règle générale les rats noirs sont les plus répandus. En plus de cela, on trouve également des rats gris, gris noir, brun clair, brun foncé, roussâtres, marrons, blancs et de toutes sortes de couleurs mêlées.
Les sortes de rats sont elles aussi très diverses. Les plus courantes sont les rats d'égout, les rats au poitrail jaune [Rattus flavipectus], les rats noir, les souris grises, les rats de grenier, les mulots rayé, les rats des moissons, les campagnols, les rats musqués, les zokors, les mériones, les gerboises à pattes rugueuses ...
Avec les changements et les développements de la société, les nuisances des rats vis-à-vis des Hommes sont de plus en plus virulentes. C'est ainsi que ces derniers ont été placés en tête des quatre nuisances et que l'on a juré que leur extinction presque totale était proche. Mais, ce qui est désespérant c'est la faiblesse des résultats. Si l'on considère que la guerre est la dynamique du progrès, il en est alors de même pour ce qui est des rats. Dans la guerre qui les opposent aux Hommes, ils ont d'avantage progressé et d'avantage évolué. Leur nombre augmente, leur organisation est encore plus stricte, leur adaptation physiologique et leur capacité de résistance augmentent, leur cerveau évolue d'avantage et gagne en malice, ils ont encore plus téméraires, leurs mouvements sont plus agiles et plus vifs... Il n'est pas exagéré de dire qu'ils progressent à marche forcé dans des domaines très difficiles et très développés.
Il ne fait aucun doute qu'il n'y a pas aujourd'hui d'autre animal que l'Homme qui règne en maître sur la terre. Nous sommes capables de domestiquer chats, chiens, boeufs et éléphants et nous pouvons exterminer tigres, loups et ours. Nous sommes également capables de commander au vent et à la pluie, de déplacer les montagnes et d'assécher les océans. Nous pouvons réaliser tous ce que nos ancêtres n'auraient même jamais pu imaginer mais en fin de compte nous sommes toujours incapables de contrôler les ni de les exterminer.

3 – Mes premiers souvenirs

Peut-être parce que mes premiers souvenirs furent la raison de mon aversion envers les rats, toujours est-il que qu'à partir de ce moment-là, ils se mirent à me suivre et à m'importuner sans aucune pitié. Où que j'aille, ils me suivent. Je n'ai aucun moyen de leur échapper. Ces dernières années je suis entré avec les rats dans une lutte et un face à face d'une extrême âpreté.
L'autre nom pour le rat est « la grande perte ». Dans mon pays natal, les villageois lui donne le nom de « grand croqueur ». A la seule mention du »grand croqueur » les dents se serrent, la haine qu'ils inspirent est viscérale. Ce qui m'impressionnait le plus quand j'étais enfant, c'était le fait que les rats mangent en cachette de la nourriture. Le riz, les légumes, la viande, le poisson, rien ne leur échappait. Même s'ils ne mangeaient pas, ils mordillaient. Avec leurs dents ils détruisaient vêtements et objets, meubles et coffres en bois. Ce sont vraiment ce qu'il y a de pire en matière de nuisance pour l'homme.
Le talent qu'a le rat de dérober de la nourriture est énorme. A l'occasion des fêtes et alors que nous étions extrêmement pauvres, il fallait trouver le moyen pour mettre le poisson et la viande que l'on avait pu se procurer dans le buffet de la cuisine et de peur que les rats ne les mangent, on pendait le buffet à l'aide d'une échelle à la poutre de la maison. Mais les rats trouvaient comme toujours le moyen de tout chiper. Par la suite, mon père suspendit à l'envers sur la poutre une marmite en fer ébréchée puis il pendit la viande et le poisson en dessous de la marmite. C'est seulement ainsi qu'il fut possible de remédier à la nocivité des rats. L'huile pour cuisiner est disposée dans une bouteille, les rats vont donc ronger le bouchon ou la capsule puis une fois au sommet de la bouteille, il va se creuser la tête. Il trempe alors sa longue queue dans la bouteille, il remue un bon coup et il saute en bas puis cherche un endroit sûr où il ne cesse alors de lécher sa queue toute imbibée d'huile parfumée. Ou encore, il renverse carrément la bouteille d'huile, ronge l'ouverture de la bouteille et à l'aide de son fin museau vient en sucer le contenu.

Parmi la multitude des bruits, celui auquel je suis le plus sensible est le bruit que fait le rat lorsqu'il mordille. Les rats n'ont pas de canine, leurs incisives sont assez développées et elles poussent tout au long de leurs vies. C'est donc seulement en rongeant toutes sortes de choses qu'ils peuvent polir leurs dents et si tel n'était pas le cas, leurs dents grandiraient démesurément et ce sans cesse. Leurs lèvres seraient perforées et ils ne pourraient survivre. Le soir, dès que les lampes à huile étaient éteintes, une multitude de rats sortaient du sous-sol et se mettaient à courir en tout sens dans la maisonnée et on entendait le kritch-kritch des rats en train de grignoter les meubles. Grand-mère s'exclama : « Fils de chien, non mais on dirait le passage d'un régiment ! » et elle frappa un grand coup sur le rebord du lit. C'est alors seulement que peu à peu les rats firent preuve d'une certaine retenu. Après un très court instant, la frénésie recommença de plus belle. « Écoutez, ils se remettent à rogner, je ne sais pas ce qu'il vont encore abîmer. » marmonnait tristement grand-mère qui ne pouvaient rien contre eux.
Chaque soir, lorsque j'entendais les bruits de dents des rats, j'en avais le cuir chevelu qui me démangeait. Heureusement, lorsque l'on est enfant, on a très envie de dormir et en un rien de temps on pénètre déjà au pays des songes.
Les rats étaient pris d'une telle frénésie que plus personne à la maison ne pouvaient les supporter. On échangea donc une poule pondeuse contre un chat à moitié bariolé qui s'installa chez nous. Le chat bien que manquant d'expérience et ayant pour cela du mal à attraper des rats, juste après qu'il eut pénétré chez nous et eut miaulé quelques fois, les bruits de courses et de rognements des rats diminuèrent. Comme on dit, toute chose peut être maîtrisée par une autre.

Une fois, grand-mère attrapa un rat dans le tas de petit bois et d'herbe à brûler, elle ne le tua pas mais le donna au jeune chat pour qu'il s'en saisisse. « Laissons donc le chat découvrir ses véritables capacités ! » déclara grand-mère. Je ne savais pas qu'elles étaient ses intentions et je me mis de côté , plein de curiosité, pour regarder. Je vis seulement grand-mère qui jeta le rat devant le chat bariolé. Celui-ci, le corps comme électrisé, émit des miaulements très suggestifs sur ses intentions. Le rat après avoir repris un peu son souffle, se mit à fuir désespérément en allant droit devant lui. Le chat lui courut après puis bondit et s'abattit en une fraction de seconde à ses pieds. Le chat ne voulait pas le croquer tout de suite. Au contraire ce qu'il voulait c'était le regarder, le sentir et à l'aide de ses griffes acérées le tourner dans un sens et le retourner dans l'autre. Après avoir joué avec lui, le chat finit même par le libérer. Pris de colère, je ne pus m'empêcher de crier : « Eh ! Il s'est enfui, il s'est enfui ! » puis je me lançai à sa poursuite. Le rat essayait par tous les moyens de sauver sa vie et courait de tout côté. Le petit chat bariolé posté sur le côté, regardait impassible. Courant vers l'angle du mur, le rat découvrit un trou et voulut s'y engouffrer. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je vis seulement le chat bondir et arriver le premier devant le trou empêchant ainsi toute retraite au rat. Le rat tel une mouche sans tête commença à nouveau à fuir en tout sens dans la maison. Après avoir couru un moment, le chat se précipita devant lui et le plaqua sous ses griffes. Puis il le relâcha et à nouveau l'immobilisa. Soumis à plusieurs reprises à ce genre de traitements, le rat se retrouva exténué, à bout de souffle et c'est alors seulement que le chat le tira dans un coin pour s'en délecter tranquillement. Qu'un chat même tout petit possède une telle patience et une telle habileté, cela fit naître au plus profond de moi-même une admiration sans borne.
Alors que jour après jour le chat grandissait, il arrivait presque chaque jour à attraper quelques rats qui lui suffisaient à apaiser sa faim. On pouvait parfois ne pas le nourrir pendant une journée entière. Cela permettait dans des proportions assez importantes d'atténuer chez nous les manques de provisions.
Hélas, un voyageur vint à passer par notre maison pour demander à boire. Il aperçut l'adorable chat et conçut soudain le noir dessein de s'en emparer en le mettant dans son sac de voyage qu'il portait sur lui. C'est ainsi qu'il emmena son butin et partit avec un sans gêne superbe. Le voyageur venu demander de l'eau était déjà parti depuis longtemps lorsque mamie s'aperçut de la disparition du chat. Grand-mère regretta cela pendant longtemps et dit que si elle l'avait su avant que cela se serait passé ainsi, elle n'aurait pas donné de thé à cette personne. Elle se reprocha sa grande négligence et insulta à coeur joie ce type plein d'ingratitude.

Le résultat fut donc de courte durée, trois jours après que le chat ait été volé, les rats recommencèrent leurs activités frénétiques dans la maison.

4 – Un repaire pour les rats et les serpents.

On a encore voulu prendre un chat à la maison sans jamais pouvoir y arriver. Les rats mangeaient les provisions, rongeaient les affaires et les vêtements et jonchaient le sol de leurs petites crottes et de leur pisse jaune. Le soir, ils faisaient encore un vrai vacarme et ce toute la nuit jusqu'au l'aube où seulement ils faisaient une petite pause. Le bruit était tel que grand-mère, mon père et ma mère en perdaient souvent le sommeil. Et même en plein jour, ils sortaient de leur trou et cherchaient de la nourriture sans se cacher le moins du monde.

Un jour, grand-mère aperçut un rat. Elle passa rapidement mais quelle ne fut pas sa surprise de voir que ce rat n'était nullement effrayé et poursuivaient son petit bonhomme de chemin comme avant. Ce n'est que lorsque grand-mère se rua vers lui qu'il fit un bond en avant, esquissa une fuite puis jeta un regard en arrière et alors seulement s'engouffra à pas mesurés dans un trou. Cela mit grand-mère dans une colère monstre. Elle souleva un tabouret qu'elle envoya se fracasser contre la souricière. C'était réellement insupportable et on emprunta alors le gros chat bariolé d'à côté. Mais finalement, la chat bariolé qui appartenait à l'oncle n'avait pas très envie d'assumer sa tâche chez nous. Il arrivait souvent que lorsque tombait la nuit, après avoir émis une série de miaulements et ainsi effrayé les rats, le chat passait par la fenêtre et se précipitait chez lui. L'hiver touchait à sa fin et le printemps arrivait. A la fin du printemps de cette année, ce qui étonna tout le monde c'est que les rats furent soudain plongés dans une détresse absolue. Ils étaient souvent poursuivi par quelque chose et finalement on entendait des couinements pathétiques. Après une semaine, le nombre de rats diminua d'une manière évidente. Ce n'était pourtant pas le fait du chat bariolé d'à côté et il n'y avait aucun autre signe ni réaction anormal.

Qu'est ce qui se cachait derrière tout cela à la fin ?

Du moment où l'on y prêta attention, on découvrit très vite le secret. L'origine de tout cela était en fait un grand serpent qui était apparu dans la maison. Je vis cette après-midi-là de mes propres yeux ce serpent non venimeux de couleur sombre. Moi et ma petite soeur jouions dans la pièce principale quand soudain nous entendîmes des sifflements puis en suivant des yeux l'endroit d'où venait les bruits, nous aperçûmes un long serpent robuste aux teintes étincelantes qui rampait rapidement sur le sol sifflant comme le vent. Devant lui s'enfuyait un gros rat. Le rat grimpa sur le mur grossier en terre et en un clin d'oeil se retrouva sur la poutre de la maison. Le serpent leva la tête et telle une flèche bondit sur le mur, se tortilla et arriva à se glisser sur la poutre. En un rien de temps, le serpent poursuivit le rat qui courrait sur la poutre vers une autre pièce de la maison puis disparut.
Après une telle scène, j'étais totalement effrayé et j'averti mon père de ce que j'avais vu. Après qu'il m'ait écouté, il prit un air grave et ne dit plus rien pendant un long moment. « Papa, j'ai peur, j'ai peur.. » je marmonnai en regardant le visage de mon père. « Je dois trouver une solution, sinon, si quelqu'un est mordu, ça pourrait être très grave et je le regretterai toute ma vie. », voilà seulement ce qui sortit de la bouche de père après un très long moment.
Ce n'est que lendemain, au crépuscule, après une journée d'attente que père aperçut le serpent. Se saisissant d'une pelle toute tachetée de rouille, son corps se détendit tel un arc en une fraction de seconde. On entendit alors seulement un bruit sec, pah ! Père, d'un coup de pelle avait touché le cou du serpent. Ce dernier s'arrêta un temps puis il se remit à nouveau à ramper mais il était évident que sa vitesse diminuait grandement
C’est à ce moment-là qu'apparut grand-mère, elle prit des mains de père la pelle et se mit à crier « Mon fils, tu ne peux pas la frapper, tu ne peux pas, c'est un serpent domestique et le serpent domestique est un dieu, ce n'est pas possible de le frapper. Est-ce que notre maison n'est pas la proie des rats, les grands esprits on fait venir sur terre, dans notre maison le serpent domestique pour qu'il éradique ce fléau...»
Père dit : « D'où vient ce dieu, c'est bien plutôt du bois derrière la maison qu'il s'est incrusté ici ! Dans deux jours, lorsqu'il aura terminer de manger les rats, il mangera alors les Hommes, ce sera alors trop tard pour faire appel aux divinités. » Tout en parlant, il se dégagea de l'emprise de grand-mère, se précipita en avant, souleva la pèle et heurta violemment la tête pointu du serpent.
Le serpent s'arrêta de glisser et pétri de douleur, il se recroquevilla sur lui-même imbibant de son sang la terre jaune.
« Tuer un serpent domestique ne peut qu'apporter le malheur, Bouddha protégez-nous... » s'exclama grand-mère. Pliant les jambes, elle se mit dévotement à genoux, joignit les mains et n'arrêta plus de prier.
Père brandissait la pèle, « pah, pah, pah » qui venait s'écraser sur le corps du serpent. Très vite, ce dernier fut transformé en charpie...

Note :

Le serpent de cette histoire est le « Qing she » ou serpent de couleur noire, bleu-vert... Son nom scientifique est Zoacys dhumnades, il est inoffensif pour l'être humain et prédateur pour les rongeurs et autres petits animaux.

 

 

5 – L'engeance de rat se déchaîne.

Les calamités causées par les rats sont toujours plus nombreuses, tout le monde leur voue une haine implacable et la décision est prise de leur faire voir de quel boit l'on se chauffe. Après avoir fait le tour de la question, on en vient à penser à la méthode qui consiste à les empoisonner. Mère s'adressa au magasinier de l'équipe de production et lui demanda une boite de pesticide appelé « poudre 666 » qu'elle ramena à la maison. La mort dans l'âme, elle prit aussi une petite poignée de grains aussi précieux que l'or du grand coffre en bois, elle mélangea le tout et en déposa aux endroits où les rats sortaient habituellement.
Une fois les lumières éteintes, les rats comme à leur habitude et en faisant comme si ils étaient chez eux sortirent pour batifoler et chercher de la nourriture. Personne ne dormait mais personne ne faisait de bruit y compris grand-mère d'ordinaire si volubile, la peur était trop grande de voir s'enfuir les rats pris de panique et de voir ainsi tout le plan tomber à l'eau.
Et pourtant, le lendemain au premier coup d'oeil, aucun résultat réjouissant qui était prévu n'était visible. Il ne restait pas un grain de céréale du mélange anti-rat mais point de rat mort en vue.
Le surlendemain au soir, bien que l'on n'aperçut toujours aucun rat mort, le silence était pourtant total, on entendait pas le moindre bruit de rat.
« Est-ce que les rats sont tous morts empoisonnés dans leurs trous ? » se dit à elle-même grand-mère allongée sur son lit.
Le troisième jour tôt le matin, père fut le premier à se lever, il eut à peine le temps de faire quelques pas qu' il trébucha sur quelque chose. Il baissa la tête et laissa éclater sa joie en s'exclamant : « Les rats, regardez, ils ont fini par crever... ».
Tout le monde se leva et découvrit dans la pièce principale autour du poêle sept ou huit cadavres de rats. Comme il se devait, le déclanchement médicamenteux avait suivi sont processus obligatoire et les rats ne faisaient pas exception à la règle.
Par la suite, on découvrit dans les coins des pièces, dans les réserves, dans les tas de bois de chauffage et d'herbe, dans les combles et dans bien d’autres endroits plus d'une trentaine de rats morts et même au-dehors, on en découvrit quatre ou cinq. Dans la maisonnée, nous étions tous très heureux, nous pensions qu'ainsi nous étions complètement débarrassés des calamités causées par les rats, nous connurent alors une période de calme authentique.
Mais voilà, une demie année après, les ravages dus aux rats réapparurent. Une année n'était pas encore passée que leurs activités ne connaissaient plus de limites et gagnaient même en effronterie.
La méthode pour faire face à cela fut encore de répandre du pesticide, comme avant on mélangea de la poudre 666 à des grains de riz qu'on déposa aux sorties habituellement fréquentés par les rats. Mais cette fois-ci, ils ne mangèrent pas un grain, la génération de leurs pères avant de mourir avait certainement transmis à leurs descendants toutes les connaissances et informations concernant ce poison. Si ils mangeaient des grains similaires, ils ne touchaient par contre pas ceux qui étaient mélangés à de la poudre de pesticide. Cette sorte de grains avaient une fine pellicule collante faite de poudre blanche et elle avait en même temps une odeur qui piquait le nez.
Comment faire pour que les grains traités au pesticide n'aient ni odeur ni trace de poudre blanche ? Grand-mère trouva finalement une solution, il fallait mettre à griller dans la marmite le mélange de céréales et de pesticide qui allait dégager une odeur agréable puis le répandre.
Le résultat fut prodigieux, le bruit de mastication des rats ne cessa de la nuit? Après le lever du jour lorsque l'on leva, on ne vit qu'il ne restait que quelques écorces jaunes de céréales, pratiquement tout avait été mangé par les rats.
Grand-mère et mes parents n'étaient que sourire, l'essentiel était que les rats acceptent de manger et même si ils avaient perdu quelques grains, ils étaient quand même heureux. Le lendemain naturellement aucun rat ne se montra mais en se fiant à la dernière expérience, on savait que les rats après avoir ingurgité le pesticide, ce dernier devait encore suivre son processus médicamenteux, confiants, il suffisait que l'on attende le troisième jour pour ramasse les rats et puis voilà.
Cependant, il se produisit une chose inattendue et pour le moins extraordinaire, le troisième jour on ne découvrit pas de rat mort, on fouilla partout dans la maison sans découvrir le moindre rat. Se pouvait-il qu'ils soient dans leurs trous, morts ? En règle générale, les rats mourants ne crèveront pas dans une souricière, même à bout de force, ils se précipiteront avant de mourir à l'extérieur afin de trouver un endroit pour quitter ce monde. Alors que se passait-il donc ? A nouveau une semaine passa et l'on ne retrouva que deux cadavres tout maigrelet.
Père considéra que la quantité de pesticide n'avait pas été suffisante et ajouta alors une grosse dose qu'il répandit une nouvelle fois. Les rats mangèrent tout mais très peu mourir, on ne retrouva que quatre ou cinq cadavres. On voit par là que les rats avaient déjà développé envers ce genre de produit comme la poudre 666 une certaine capacité de résistance.
Les rats se déchaînaient, c'était véritablement insupportable, mes parents et grand-mère changèrent pour un autre pesticide appelé DTT. Après que les rats en eurent mangé, sa force meurtrière fut assez grande. Mais à sa deuxième puis troisième utilisation, son efficacité n'était plus si grande. Il était évident que les rats mourants avaient transmis à leur descendance les fonctions de résistance ou bien encore, un rat survivant à par lui-même élaboré des capacités spéciales pour résister à ce genre de pesticide. Il ne restait donc plus qu'à changer pour d'autres nouveaux pesticides comme les phosphates d'ammonium potassé 1059 et 1605 etc. Les appâts utilisés changeaient aussi continuellement, parfois c'était des céréales, parfois du riz non décortiqué, parfois encore du sorgho, des céréales cuites ou de la farine. L'essentiel étant que ces aliments puissent inciter les rats à mordre à l'hameçon, il convient alors de les utiliser tous.

 

Note :

Poudre 666 : Il s'agit d'un pesticide violent, le BHC ou benzène hexachloride.

[20 juin 1894 : Alexandre Yersin isole le bacille de la peste - Médecin suisse disciple de Pasteur ]

6 – Les mânes des morts.

J'ai lu une étude scientifique qui parlait de la réactivité et de la malice des rats face aux poisons. En présence de denrées douteuses, le meneur très souvent va ordonner à un rat malade, affaibli ou très vieux de les goûter en premier. Si parmi les rats l'un deux s'écroule après avoir mangé, les autres s'abstiendront alors de manger de cette nourriture. En outre pour peu qu'ils sentent l'odeur du rat qui est mort, ils sont alors capables de distinguer et de se souvenir ces poisons. Toutefois, l'Homme doit toujours avoir une longueur d'avance sur les rats. C'est ainsi qu'il est toujours capable d'innovations en matière de confection de toutes sortes de produits toxiques qui provoqueront pertes et dégâts chez les rats. Pour ce qui est des anciens poisons anti-rat, ils fallait que ceux-ci les ingèrent pour qu'ils en meurent. Il y a quelques années, j'ai entendu parler d'un produit contre les rats assez redoutable appelé « écroulé au bout de trois pas ». Même si les rats ne l'avale pas, il suffit qu'il marche dessus pour qu'ils meurent avant d'avoir pu faire trois pas. Par la suite, toujours d'après ce que j'ai pu entendre, un autre produit de pointe est sorti sur le marché. Pour celui-là il n'y avait même pas besoin que les rats passent dessus, il suffisait qu'ils le respirent pour mourir empoisonner. Les concepteurs de ces produits innovants contre les rats recevaient souvent de la part des gens des appellations élogieuses comme « spécialiste de l'extermination des rats » ou encore « le grand roi de l'extermination des rats ». Je ressent un profond respect pour cette sorte de personne. A mes yeux, ils apportent non seulement une grande contribution à la société mais aussi, et c'est là le point essentiel, ils prolongent le prestige de notre Humanité ! Pour être sincère, à chaque fois que je constate de quelles manières se déchaînent les rats et que je ne peux rien y faire, je me considère comme un membre à part entière de l'Humanité et je ressens une assez grande tristesse. Bien sûr en insistant beaucoup sur le côté extraordinaire de ces présentations et rapports, j'adopte une attitude de la suspicion et du mépris. Une fois, je suis tombé sur un rapport concernant l'extermination des rats et qui racontait comment un certain paysan, spécialiste dans l'extermination des rats, avait mis au point le plus récent, le plus miraculeux, le plus extraordinaire et le plus merveilleux des poisons anti-rat. Il suffisait d'en mettre dans un trou pour que les rats soient comme ensorcelés, perdant tout leurs moyens et l'esprit hagard, ils sortiraient alors sagement de leur trou sans opposer aucune résistance. Une fois la lecture de cette enquête terminé, je restai sans voix. Si il y avait réellement un poison à ce point redoutable et avec la production de masse rendue possible par la technologie moderne, les derniers jours des rats ne seraient-ils pas tout proches ? Mais en réalité, jusqu'à aujourd'hui, les rats sont toujours plus répandus, de plus en plus intelligents et de plus en plus nuisibles.

Si l'on parle des dangers pour l'Homme liés aux rats, il n'y a pas de plus grave que celui de la peste.

La peste que l'on appelle aussi la maladie de la mort noire est une maladie infectieuse accompagnée de fièvre causée par la bactérie Yersinia Pestis. Le vecteur infectieux est la puce du rat. Suivant les différents symptômes, la peste prend trois formes que sont la peste bubonique, la peste pulmonaire et la peste septicémique. Lorsque se déclare la peste bubonique, cela commence par des frissons puis viennent les vomissements, les maux de tête, les vertiges, les photophobies (intolérance à la lumière), les lombalgies, les douleurs dans les membres, les insomnies, les délires. La température du corps augmente subitement jusqu'à atteindre plus de 40 degrés celsius. Les effets cliniques de la peste bubonique s'expriment sous la forme d'une pneumopathie puis très vite apparaît un oedème et dans la plupart des cas c'est la mort dans les trois quatre jours. La peste septicémique est la forme la plus dangereuse des trois sortes de peste. Elle s'exprime par une prostration et des dommages cérébraux et la mort survient dans les 24 heures. Si avant de mourir le malade développe une pneumonie, le caractère infectieux sera alors extrêmement fort et ceux qui entreront en contact avec lui contracteront très vite la peste pulmonaire.

Jadis, à la seule évocation de le peste, cela équivaut à parler des rats et le visage change brusquement. Les rats sont vus comme les mânes des défunts. La grande épidémie de peste au quatorzième siècle a tué en Europe 25 millions de personnes, ce qui correspondait à l'époque à un quart de la population. De 1664 à 1665, la peste apparut à Londres en Angleterre. La population comptait 460000 habitants, 70000 moururent. En 1894, la peste éclata dans les villes chinoises de Guangzhou et Hongkong, il y eut plus de 100000 morts. Avec les progrès de l'Humanité et les avancées de la science, la peste n'est plus aussi redoutable qu'auparavant. En premier lieu, en éliminant les puces et les animaux vecteurs de la peste on a mis un frein au développement de la peste. Et même si la peste ressurgit, on a généralisé la vaccination contre la peste dans les régions épidémiques, ce qui renforce chez les gens les anticorps. Si l'on est déjà infecté, on peut être traité par des médicaments comme la streptomycine, la tétracycline, la sulfonamide...

Le célèbre écrivain français Albert Camus, lauréat du prix nobel de littérature, a pris la peste comme matière pour écrire un roman qu'il a appelé « La peste ». Il y décrit la propagation de la peste à Oran avec toutes les menaces qui pèsent sur la vie et la sécurité de cette ville qui doit faire face au danger d'un anéantissement total. Face à la peste criminelle, les gens pour survivre se jettent tous dans un combat intense, énergique et acharné contre la maladie. Et même si tout le monde n'a pas les mêmes connaissance de ce fléau, tous font preuve dans leur lutte sans relâche de qualités morales et spirituelles merveilleuses. C'est au prix de leurs efforts et de leurs sacrifices qu'ils finissent par vaincre la peste.
Ce livre fut publié pour la première fois en 1947, une fois traduit en chinois, il eut un grand succès en Chine. J'ai acheté un exemplaire publié en 1980 aux Editions des arts et des lettres de Shanghai. Après plusieurs déménagement, j'ai toujours gardé auprès de moi ce livre que j'aime. Alors qu'un jour, je mettais de l'ordre dans mes livres, je m'aperçu qu'il avait été rongé par les rats. Ils avaient laissé sur la tranche du livre l'empreinte très nette de leurs morsures qui faisait comme un sillon. Les autres livres n'avaient subis aucun dégâts, seul « La peste » avaient été mordillé. Se pouvait-il que les rats aient su que ce roman décrivaient leurs méfaits et leur défaite et qu'ils en aient conçu une haine profonde au point qu'ils aient essayé aux moyens de leurs dents de le détruire, lançant ainsi à l'Humanité un défi ! Lorsque jadis elle répandait de la mort au rat, grand-mère exhortait tout le monde encore et encore en leur disant : « Lorsque vous mettez de la mort au rat, n'en parlez pas sinon dès que vous en aurez parlé, les rats n'en mangeront plus, c'est qu'ils sont malins ces gaillards ! »

Les rats ont-ils vraiment oui ou non cette ingéniosité et cette intelligence ?

 

Notes :

Le « Rat Wu » : il s'agit en fait du nom chinois de l'écureuil volant ou pétauriste, le nom savant est Petaurista sp.. Le choix de garder le mot à mot s'explique par le souci de cohérence dans le développement opéré par l'auteur qui considère que les noms de mammifères contenant le mot rat font logiquement parti de la grande famille des rats sans autre préoccupation scientifique.

Traduction

traductionZENG Jixin " La guerre entre les rats et les Hommes " traductionEtude de la vie de Lu Yin et de son œuvre